Le vin costume social ?

Le vin costume social ? Le vin peut-il être un ego trip ? Est-ce que ma bouteille reflète qui je suis ? Dis-moi ce que tu bois, je te dirai qui tu es ? voilà un peu le style de questions qui me trottent dans ma tête dans j’ai du mal à dormir ou que je regarde les réseaux.

Avant de te lancer mes éléments de réponse : qu’est-ce qu’un costume social ?

Il s’agit du masque l’on porte pour pouvoir rentrer dans une catégorie. Se définir face aux autres. Devenir ce que notre ego souhaite devenir, ce que notre ego souhaite montrer.

Alors comment la bouteille de vin peut-elle définir tout cela ? Quel rôle joue-t-elle sur notre costume social ?

Je ne te cache rien si je te dis qu’il existe pléthore d’amateurs de vin dans le monde. Parmi tous ces passionnés, Tu y trouveras plusieurs sous-catégories dans lesquelles tu retrouveras d’autres sous-catégories, et ainsi de suite.. Je vais essayer de t’en détailler deux qui reflètent ma pensée. Pas de jugement, on-y est un peu tous alors balek.

Le vin comme costume social est bel et bien un réalité, je le pense.

 

Il l’est pour chez le buveur d’étiquette.

Tu le reconnaîtras facilement celui-là : collectionneur que d’une seule appellation. Bonjour Côtes-Rotis, Saint-Émilion ou de Gevrey-Chambertin à gogo. Ce qu’il aime ce n’est clairement pas le contenu, mais bien le nom de la propriété et le prix que lui coûte la bouteille.

Le buvard (oups Buveur) d’étiquette adore pouvoir clamer au monde entier que telle propriété lui appartient dans sa cave. Il jouit d’ailleurs bien te la montrer, plus elle est grosse et charnue, plus il est content. Il t’ouvrira pas forcément ces bouteilles là, d’ailleurs il va plutôt aller chercher la petite cuvée très très loin dans sa cave qui te fera déguster après t’avoir fait saliver sur des grands crus, le saligo.

Tu as bien compris il les gardera bien pour lui, il vous les montrera seulement pour mettre en avant son ego et le fait qu’il peut les acheter.

Réussir à avoir certaines bouteilles est parfois incroyable : ce sont des bouteilles rares que l’on retrouve partout sur Instagram. Et d’ailleurs cet amateur ou amatrice, les femmes aussi peuvent l’être, vous les retrouverez très facilement sur Instagram, en effet. Ils adorent toutes ces bouteilles rares qu’ils ont eu la chance de boire.

Toute fois en faisant un petit tour, en fouillant bien, vous vous rendrez compte qu’elle n’est pas si rare cette bouteille, qu’il n’est pas si rare ce millésime car, finalement tu le vois souvent, voir quasiment tous les jours sur les réseaux.

Mais peu importe cela le/la flatte. Sa bouteille fait grossir son ego, grossir son amour, et le portefeuille des vignerons et vigneronnes.

Et puis si ils aiment ça, ça ne regarde que lui.

Le buveur d’étiquette et un peu l’amoureux d’un terroir.

Il y a aussi cette catégorie dans laquelle je fais partie. Celle de ceux qui vont passer du temps à aller chercher une bouteille, la meilleure pour son repas, la meilleure pour ses amis, pour sa famille. 

(Même si parfois, elle est un peu trop cher pour son budget. )

Chaque bouteille est une preuve d’amour. Elle reflète peut-être même le manque, l’impression de ne pas avoir assez, la peur de ne pas être aimé, parfois même. Oui oui je vais loin avec cette catégorie. Mais elle montre aussi l’attention, que l’on met envers les autres.

Le détail que l’on apporte à chaque repas. La précision que l’on cherche dans le goût. Elle est carrément mon costume social.

Je permets de me parler de dire “je” car je rentre parfaitement dedans. Elle est tout à fait un costume sociale pour moi. Elle est qui je suis, ce que je désire faire ressentir à l’autre à ce moment.

D’ailleurs quand on m’enlève le choix du vin, il manque quelque chose à chacun de mes repas. Sauf si mon ami ou ma famille, va chercher un vin pour nous faire plaisir. Cependant, je n’ai pas besoin de vin tous les jours, ce n’est clairement pas une nécessité. Par contre chaque bouteille est pour moi un mot d’amour, une gourmandise, une surprise que je souhaite offrir aux autres. Une surprise que parfois je souhaite m’offrir, juste à moi toute seule.

Alors tout comme les buveurs d’étiquette, on se cache derrière ces bouteilles.

Cette convention ce démontre beaucoup avec le champagne.

 

Sortir une bouteille de champagne chère et de marque sur une table montrera qu’on a les moyens, que l’on a réussi, que l’on fait attention à la personne qui est en face de nous. On le respecte. Il est clairement je.

C’est pour cela que lorsque l’on parle avec des cavistes, ils nous disent tous qu’il faut toujours avoir du Ruinard : marque de Champagne qui fonctionne le mieux en France. Elle représente le mieux, le luxe et une partie du “tu vois je peux en acheter. Tu vois cette bouteille sur la table, j’ai réussi, tu es le bienvenu.”

En contrepartie, acheter un champagne de vigneron est simplement montrer que l’on souhaite se démarquer des autres, ceux qui achètent la marque. Il nécessitera cependant, toujours de se justifier de qui est le vigneron ou la vigneronne, des techniques d’élaboration, de la façon dont on fait le vin, te dire peut-être que c’est un petit prix mais que tu n’auras jamais bu un verre comme celui-là.

( Ce sont ces phrases de justification, qui prouve que le vin est une preuve de costume social. À partir du moment où tu dois te justifier ou tu dois montrer, expliquer alors, je considère que l’on met un masque sur nos visages, grâce à nos bouteilles pour dire aux autres “tu vois je t’apprécie, je prends soin de toi”.)

Et ceci n’est pas forcément quelque chose de négatif. Au contraire faire attention aux autres et quelque chose de positif je trouve.

Là où il peut devenir négatif, c’est lorsque l’on commence à comparer des cuvées qui n’ont aucun rapport ensemble. (Je m’explique ….)

Je constate que souvent les amateurs, non éclairés, essaient de faire la différence entre un grand cru et ce qu’on appelle une “petite cuvée”, un vin de garage ou un vin d’apéritif. Il s’agit là d’un exercice très compliqué. Ils assimilent des vins dit “grands crus” qui coûte parfois très cher, qui ont certains travaux de recherches de qualités, un certain temps d’élevage, un choix de parcelle bien particulière etc, à des vins élaborés totalement différemment, avec un but plus festif et simple.

Permettez-moi de vous raconter une anecdote qui m’est arrivé, il y a quelques années, avec une de mes tantes. Ma tante avait acheté plusieurs cartons d’un grand cru d’un vigneron de champagne, pas très connu mais très bon. J’avais acheté, pour ma part, une bouteille de champagne brut, la cuvée la plus traditionnelle, d’une marque de champagne assez renommée. Quand nous l’avons bu ma tante, une amatrice de vin et de champagne mais qui n’est pas non plus une connaisseuse éclairée, a tout de suite fait la comparaison avec le champagne qu’elle venait d’acheter. En me disant, pour le même prix je peux avoir un vin beaucoup plus agréable. ET cela n’est pas faux si l’on s’arrête juste au prix.

Seulement elle comparait une cuvée tradition, une “petite cuvée” pour cette marque et la cuvée prestige de son champenois. Si nous avions voulu être réellement dans la comparaison il aurait fallut, dans ce cas là, comparer cette cuvée prestige à la cuvée prestige de ma marque de champagne ( je n’avais à l’époque clairement pas les moyens de m’offrir la cuvée prestige). Mais en disant cela ma tante, que j’aime plus fort que tout, venait simplement de juger cette marque de luxe par sa petite cuvée et son prix. Et non pour sa qualité, pour le travail qu’il y a derrière entre les deux champagnes. Le mien n’avait aucun prétention à être un grand cru très élaboré et le sien était extrêmement bien travaillé et ne ressemblait clairement pas à une cuvée destinée à des apéritifs simples. Si nous avions bu deux cuvées prestiges alors nous aurions pu juger sur le prix et la qualité.

Tous ces exercices de comparaison, ces jugements indirectement ou non, son pour moi une marque de costume social. On va juger et se juger en fonction des bouteilles que l’on a.

Encore un exemple, et je finirais sur ce dernier. Régulièrement, quand je vais chez des amis ou des connaissances et qu’ils apprennent mon travail, ils me demandent toujours d’aller voir leur cave. Ils finissent toujours par me montrer leurs meilleures bouteilles comme si ils souhaitaient me dire : “regarde ce que j’ai, ce que je vaux, ce que je sais faire, quelle est ma capacité à. Regarde ce petit vigneron que j’ai trouvé.” Comme si mon opinion avait plus de valeur que d’autres.

Le vin est un produit qui est fait pour être bu, c’est une boisson. Il est fait pour être apprécié, pour être dégusté, pour être gourmandise alors mon opinion SI cette bouteille tu l’aimes, on n’en a rien à foutre.

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